Elle peut sembler aller bien… mais ce n’est pas le cas
- Martine Thivierge-Bournival
- 30 avr.
- 4 min de lecture
Comprendre l’épuisement invisible du masquage, et ce que ça lui coûte vraiment
Elle est arrivée à la soirée, elle a ri aux bons moments, elle a suivi trois conversations en même temps, elle s’est souvenue du nom du chien de ton collègue… et elle est repartie sans que personne ne remarque la migraine qu’elle traînait depuis midi.
Sur le chemin du retour, elle a pleuré. Pas vraiment de tristesse. Plutôt d'un épuisement profond.
Ça faisait quatre heures qu’elle jouait un rôle et personne n'a remarqué.
C’est une des choses les plus importantes à comprendre chez les femmes avec un TDAH : la version d’elle que tu vois… lui a coûté énormément d’énergie à créer.
Ce qu’est vraiment le masquage
Le masquage, c’est ce processus qui consiste à cacher, compenser ou atténuer les traits du TDAH pour répondre aux attentes sociales. Ce n’est pas un choix conscient. Ça s’installe doucement… Souvent dès l’enfance.

Quand une petite fille réalise que sa façon naturelle d’être dérange… elle s’adapte.
Elle apprend à rester tranquille ou, du moins, à en donner l’impression.
Elle apprend quand regarder dans les yeux.
Elle prépare ses phrases dans sa tête avant de parler.
Pour éviter d'en dire trop.
Pour éviter de dévier.
Pour éviter de mal faire.
Elle devient drôle, chaleureuse, attachante.
Parce qu’elle l’est vraiment… mais aussi parce que si les gens l’aiment, ils remarqueront moins qu’elle lutte.
Avec le temps, le masquage devient automatique.
Ça ne ressemble plus à un effort.
Ça ressemble à elle.
Et c’est justement ça qui est épuisant : elle ne réalise même plus toute l’énergie que ça lui prend.
L’écart entre ce qu’elle montre… et ce qu’elle vit
Les femmes avec un TDAH sont souvent très fortes pour gérer les apparences.
On sait que les femmes sont diagnostiquées plus tard.
Une des raisons principales ?
Elles internalisent.
Au lieu que le chaos sorte… il reste à l’intérieur.
Là où un garçon va perturber une classe, une fille va rester assise, silencieuse, avec l’esprit qui part dans tous les sens, le cahier rempli de dessins, et les devoirs perdus pour la quatrième fois cette semaine.
Elle ne dérange pas.
Elle se noie en silence.
Et ça continue à l’âge adulte.
La femme avec un TDAH qui a un bon emploi, une maison organisée, un agenda rempli…
ce n’est pas la preuve qu’elle va bien.
C’est souvent la preuve à quel point ses stratégies sont poussées.
Tout cet ordre extérieur tient parfois à bout de bras avec une charge mentale et un effort que peu de gens peuvent imaginer.
Ce que ça lui coûte vraiment
Comprendre le coût de son masquage ne veut pas dire que tu lui dois quelque chose. Non, c’est plutôt pour comprendre et pour changer la façon dont on est présent pour elle.
Ça lui coûte ses matins. Se préparer, être fonctionnelle, prête, à l’heure… demande une énergie énorme.
Là où d’autres enchaînent naturellement, elle doit mobiliser ses fonctions exécutives à chaque étape.
Ça lui coûte du temps de récupération sociale. Une soirée, un événement, une rencontre… elle gère tout en même temps : le bruit, les stimuli, l’attention, son comportement.
Après, elle a besoin de récupérer.
Ce n’est pas qu’elle n’aime pas les gens.
C’est qu’elle se régule. Elle récupère.
Parce qu'elle ne peut pas faire les choses seulement à moitié.
Pour beaucoup de personnes, être à moitié présente, ça passe.
Pour elle, non.
Parce qu’elle gère constamment son image, tout demande un effort complet.
Tout prend tout.
Et ça lui coûte aussi dans sa relation avec elle-même.
Après des années de masquage, elle peut ne plus savoir ce qu’elle ressent vraiment.
Elle peut hésiter à demander de l’aide.
Elle peut minimiser ses difficultés.
Parce que ça fait des années qu’elle fait exactement ça.
Ce dont elle a besoin que tu comprennes
Elle n’est pas fragile.
Ne transforme pas ça en raison de la ménager ou de la plaindre.
Elle est probablement une des personnes les plus fortes que tu connaisses.
Mais la résilience… ce n’est pas l’absence de besoin.
Elle a quand même besoin de soutien.
Et ce soutien n’a pas besoin d’être compliqué.
Ça peut être ne pas toujours lui laisser la charge mentale, ou la croire quand elle dit qu’elle est fatiguée. Ça peut aussi être lui donner du temps quand les plans changent, ou ne pas interpréter sa distraction comme du désintérêt et, surtout, ne pas voir ses oublis comme un manque d’amour.
Ça peut être simplement… lui demander ce dont elle a besoin, et vraiment écouter la réponse.
Une note sur le diagnostic
Beaucoup de femmes passent des années sans diagnostic. Alors si quelqu’un autour de toi vient d’être diagnostiqué·e, évite de dire des choses comme « Je ne l’aurais jamais deviné ! » ou « Mais, tu sembles tellement organisée! »
Même si c’est bien intentionné… Ça renforce exactement ce qui l’a épuisée.
Si tu ne voyais pas sa lutte, ce n’est pas parce qu’elle n’existait pas.
C’est parce qu’elle est devenue très forte pour la cacher.
Aujourd’hui, ce dont elle a besoin, ce n’est pas qu’on doute.
C’est qu’on puisse accueillir la vérité de son vécu.
Même les parties qui ne correspondent pas à l’image qu’on avait d’elle.
Elle a toujours été cette personne. Tu vois juste maintenant…un peu plus de ce qu’elle porte. 🤍




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