Quand la cloche sonne pour la dernière fois
- Martine Thivierge-Bournival
- 3 juil.
- 9 min de lecture
Le TDAH, les vacances d’été, et comment aider vos enfants et vos ados à s’épanouir sans horaire
Il y a un sentiment bien particulier qui nous envahit, plusieurs d’entre nous, quand arrive enfin le dernier jour d’école.
Du soulagement, surtout… fini les matins en panique, fini le « As-tu mis tes devoirs dans ton sac ? » crié dans l’escalier, finis les courriels de l’enseignante qui tombent dans la boîte un vendredi à seize heures.
Mais si vous élevez un enfant ou un ado qui vit avec un TDAH, ce soulagement est souvent tissé avec autre chose. Une petite inquiétude, discrète. Parce que vous savez ce qui s’en vient. Des semaines et des semaines.
Pas de cloche. Pas de routine. Aucune structure déjà toute faite pour tenir les journées ensemble.

Si vous avez déjà senti cette pointe d’appréhension cachée sous la joie, j’aimerais que vous sachiez une chose avant d’aller plus loin : vous n’êtes pas un mauvais parent parce que vous la ressentez, et votre enfant n’est pas « trop » parce qu’il a besoin de plus qu’un été grand ouvert où tout est permis.
Ce que vous pressentez est réel, c’est prévisible, et une fois qu’on comprend pourquoi ça arrive, ça cesse d’être quelque chose à redouter pour devenir quelque chose qu’on peut vraiment apprivoiser.
Pourquoi l’été est vraiment plus difficile pour un cerveau TDAH
Voici ce qu’on ne dit pas toujours tout haut.
Pour un cerveau qui vit avec un TDAH, la structure n’est pas une cage. C’est un échafaudage. L’école, malgré toutes ses frustrations, offre un immense cadre externe: un endroit où être, une heure pour y être, des gens qui attendent des choses, un rythme qui se répète jour après jour.
Cet échafaudage fait discrètement une grande partie de la régulation qu’un cerveau TDAH a du mal à faire entièrement par lui-même.
Alors quand l’été arrive et qu’on retire cet échafaudage d’un seul coup, le cerveau ne souffle pas de soulagement pour se calmer.
Souvent, c’est le contraire. Les journées s’allongent et se relâchent, et tout le reste avec elles, les émotions, le sommeil, la concentration, la capacité de passer d’une chose à l’autre sans accroc.
Si votre enfant vous semble plus dysrégulé en juillet qu’il ne l’était en mai, vous ne l’imaginez pas, et vous n’avez rien fait de mal. C’est l’un des schémas les plus prévisibles de la parentalité avec un TDAH. Le voir pour ce qu’il est change tout, parce qu’un schéma qu’on comprend est un schéma qu’on peut doucement façonner.
Des points d’ancrage, pas un horaire
La tentation, et je l’ai ressentie moi aussi, c’est de basculer dans l’un de deux extrêmes.
Soit on essaie de recréer l’école à la maison avec un horaire plastifié et codé par couleurs que personne ne tient au-delà du troisième jour, soit on baisse les bras et on laisse l’été se dissoudre dans un flou informe d’écrans, de grignotage et de « Je m’ennuiiie. » Ni l’un ni l’autre ne fonctionne, parce que ni l’un ni l’autre ne correspond à la façon dont ces cerveaux fonctionnent réellement.
Ce qui marche, en général, c’est quelque chose de plus doux : des points d’ancrage, pas un horaire. Imaginez deux ou trois moments prévisibles dans la journée qui restent à peu près pareils: un matin tranquille avec déjeuner et un peu de mouvement, le dîner à peu près à la même heure, quelque chose d’apaisant le soir avant le coucher.
Entre ces ancres, la journée a le droit de respirer. Votre enfant ne fixe pas l’horloge ; il se déplace entre des repères familiers. Ce petit peu de prévisibilité donne au cerveau TDAH juste assez pour s’accrocher, sans la pression d’un plan minute par minute voué d’avance à s’effondrer.
La fondation silencieuse : le sommeil
S’il y a une chose que je placerais tout doucement en haut de la liste, c’est le sommeil.
Je sais, c’est le sujet le moins palpitant du monde, et le plus difficile à protéger quand le soleil est encore haut à vingt et une heures. Mais le sommeil, c’est la fondation sous tout le reste.
Les cerveaux TDAH sont déjà portés vers l’endormissement tardif, les pensées qui s’emballent au moment du coucher et les matins qui semblent impossibles. L’été, avec sa lumière tardive et ses soirées relâchées, peut repousser l’heure du coucher de plus en plus loin, jusqu’à faire basculer tout le rythme de la journée.
Vous n’avez pas besoin d’être rigide. Mais protéger une heure de réveil à peu près constante, même une heure généreuse, du genre grasse matinée, fait plus de bien que presque tout le reste.
L’horloge biologique se cale sur le moment où l’on se réveille, pas sur celui où l’on s’endort ; un matin stable ramène donc tout doucement le reste à sa place. Et quand le sommeil dérape, ça se manifeste d’abord par des émotions plus grandes, des mèches plus courtes et des transitions plus difficiles. Parfois, le « problème de comportement » devant vous n’est qu’un cerveau fatigué qui demande de l’aide de la seule façon qu’il connaît.
La vraie conversation au sujet des écrans
Et puis il y a les écrans. Soyons honnêtes l’un envers l’autre là-dessus, parce que la honte qui entoure ce sujet n’aide absolument personne.
Les cerveaux TDAH sont attirés par les écrans pour de vraies raisons neurologiques, la rétroaction instantanée, la nouveauté, ce flux constant de stimulation que le reste du monde n’offre que si rarement. Ce n’est pas un défaut de caractère chez votre enfant, et ce n’est pas un échec de votre part comme parent.
Cela dit, un été d’écrans illimités tend à rendre les enfants plus irritables, pas plus contents, parce que le cerveau n’a jamais la chance de passer à une vitesse plus lente.
Le but n’est pas zéro, c’est le rythme.
Les écrans après un peu de mouvement plutôt qu’à la place du mouvement. Une plage claire et prévisible plutôt qu’une négociation constante. Et chaque fois que c’est possible, le genre de temps d’écran qui crée quelque chose ou qui relie à un ami, plutôt que le défilement solitaire sans fin.
La transition pour sortir de l’écran est presque toujours la partie la plus difficile ; un avertissement chaleureux… « encore dix minutes, ensuite on sort dehors », fonctionne bien mieux qu’une coupure soudaine, sortie de nulle part.
Ce qui se trouve de l’autre côté de l’ennui
Voici un recadrage avec lequel j’ai mis longtemps à faire la paix : l’ennui n’est pas une urgence.
Quand votre enfant se laisse tomber sur le divan et annonce, pour la quarantième fois, qu’il s’ennuie, tout votre instinct vous crie de régler ça sur-le-champ.
Mais de l’autre côté de l’ennui se trouve quelque chose à quoi les enfants TDAH n’ont pas toujours assez d’espace pour accéder… leur propre imagination, leur propre initiative, la lente montée vers une passion que personne ne leur a imposée.
Vous n’avez pas à être l’animateur en chef de tout l’été de votre enfant. En fait, ce divertissement constant peut se retourner contre vous, en entraînant le cerveau à s’asseoir et à attendre que la prochaine chose lui soit servie. C’est correct de dire, chaleureusement et avec une vraie confiance : « Je suis sûre que tu vas trouver quelque chose. »
Laisser traîner des choses intéressantes, comme du matériel d’art, des matériaux de bricolage, un casse-tête à moitié fait, un instrument, une pile de boîtes en carton, fait bien plus que d’inscrire une activité de plus à l’agenda. Cette concentration profonde et absorbée, où le temps disparaît, qu’on appelle l’ « état de flow », est l’un des vrais cadeaux du cerveau TDAH, et elle se trouve justement juste au-delà de l’ennui.
Le mouvement n’est pas une récompense. C’est de la régulation.
Le mouvement mérite son propre moment ici, parce que pour beaucoup de ces enfants et de ces ados, ce n’est pas optionnel, c’est leur façon de se réguler.
Un corps resté immobile trop longtemps est un corps sur le point d’exploser, et un enfant qui paraît « hyperactif » ou « incontrôlable » est très souvent un enfant dont le système nerveux réclame, à grands cris, de bouger.
L’été est en fait un cadeau de ce côté-là.
L’eau, le vélo, le trampoline, les longues plages de temps dehors sans cadre, grimper, nager, tout ce qui permet au corps de faire ce dont il a besoin. Essayez de ne pas voir le mouvement comme une récompense pour bonne conduite ou comme une pause loin des vraies choses. Pour un cerveau TDAH, le mouvement est souvent la vraie chose.
Ne laissez pas les liens s’effriter
Ça vaut la peine de garder un œil tendre sur les amitiés, elles aussi, parce que l’été peut tranquillement devenir solitaire.
L’année scolaire, malgré tous ses défis sociaux, offrait au moins à votre enfant un groupe de pairs déjà tout fait, chaque jour. Quand ça disparaît, certains enfants glissent vers l’isolement sans que personne ne s’en rende vraiment compte.
Un petit effort pour les garder en lien, un rendez-vous de jeu régulier, un camp, un cousin du quartier, un club autour de quelque chose qu’ils adorent, protège quelque chose qui compte plus qu’on ne le réalise parfois. L’amitié est une compétence, et comme toute compétence, elle rouille sans pratique.
Les ados ont besoin de quelque chose d’un peu différent
Les adolescents qui vivent avec un TDAH méritent leur propre paragraphe, parce que l’été tombe sur eux différemment.
Leur horloge interne de sommeil s’est réellement décalée plus tard, pour de vraies raisons biologiques ; l’ado qui dort jusqu’à midi n’est donc pas paresseux, son corps fonctionne vraiment sur un autre horaire que le vôtre.
Et les longues journées vides qui ressemblent à de la liberté vues de l’extérieur peuvent vite basculer dans l’absence de but, ce qui est difficile pour un cerveau adolescent déjà câblé pour réclamer de la stimulation et lutter avec la motivation.
Ce dont les ados ont besoin, ce n’est pas d’un parent qui gère leur été à leur place ; c’est d’un parent qui les aide à bâtir une petite structure qui leur appartient vraiment.
Un emploi d’été, un engagement bénévole, un projet qu’ils ont choisi eux-mêmes, même un objectif vague qu’ils se sont fixé selon leurs propres termes; tout cela donne aux journées une forme qui ne semble pas imposée d’en haut.
Le mot magique avec les ados, c’est l’autonomie.
Faites-les entrer dans la conversation. Demandez-leur à quoi ils veulent que cet été ressemble, et écoutez la réponse. Un ado qui a aidé à concevoir le plan est cent fois plus susceptible de le suivre qu’un ado à qui on l’a simplement dicté.
Vous comptez aussi, là-dedans
Et puis il y a vous. Je vous rendrais un bien mauvais service si j’écrivais tout ce texte au sujet de votre enfant sans dire un mot sur la personne qui tient tout ça ensemble.
L’été demande énormément aux parents d’enfants TDAH: plus d’heures, moins de pauses, plus de transitions à gérer, et beaucoup moins de cette structure que la journée d’école vous offrait discrètement, à vous aussi.
Votre propre régulation compte ici, et pas dans un sens vague de bain moussant. Elle compte parce qu’un adulte calme est la présence la plus régulatrice qui soit dans l’environnement d’un enfant dysrégulé.
Votre système nerveux, dans un sens très réel, est contagieux.
Alors protégez un petit quelque chose pour vous. Baissez la barre sur les choses qui, honnêtement, n’ont pas vraiment d’importance. Laissez la maison être plus en désordre que vous ne le voudriez. Dites un non sans culpabilité aux activités qui drainent plus qu’elles ne redonnent. Vous ne pouvez pas verser une présence calme et patiente tout l’été à partir d’une tasse vide depuis la dernière semaine de juin.
Et un dernier mot sur la comparaison
Quelque part vers la mi-juillet, vous allez voir les photos.
Les autres familles au bord du lac, les semaines de camp à thème parfaitement orchestrées, les enfants qui se réveillent apparemment de bonne humeur et passent leurs après-midi à bricoler dans des tenues assorties.
Essayez, du mieux que vous pouvez, de laisser ces images vous glisser dessus.
Vous n’élevez pas le même cerveau que ces parents-là, et un été qui fonctionne pour votre famille ne ressemblera pas à un été qui fonctionne pour la leur. Ce n’est pas un manque. C’est simplement la réalité d’élever l’enfant particulier, merveilleux et câblé autrement que vous avez vraiment.
À quoi ressemble vraiment un bel été
Si vous ne retenez qu’une seule chose de tout ceci, que ce soit celle-ci.
Un bel été pour un enfant ou un ado qui vit avec un TDAH ne ressemble pas à une page de magazine. Ça ressemble à assez de rythme pour se sentir en sécurité, assez de liberté pour que ça ait vraiment le goût de l’été, assez de mouvement, assez de liens, et un parent qui a tranquillement décidé que « assez bien » était, justement, assez bien. Il y aura des journées difficiles.
Il y aura trop d’écran, des heures de coucher sautées et un après-midi qui s’effondre complètement pour une raison que vous ne sauriez même pas nommer.
Ce n’est pas l’été qui tourne mal. C’est juste l’été.
Votre enfant n’a pas besoin de dix semaines parfaitement optimisées. Il a besoin de sentir, quelque part sous tout le reste, qu’il n’est pas « trop » que son cerveau n’est pas un problème à gérer, mais une manière particulière d’être au monde, une manière pour laquelle l’été, de toutes les saisons, a tellement de place.
Donnez-lui l’échafaudage tout doux, et ensuite laissez-le être un enfant.
C’est tout.
Et c’est largement suffisant.




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